Après l’éloge du rien, on prend “Une chambre à soi”

Mes petits pioupious,

 

Je voulais vous parler d’un bouquin, dans la lignée de mon article sur le plaisir de rien foutre pour soi-même. Je vous explique le lien avec une anecdote fine et savoureuse de mon cru, en toute modestie.

Quand je finissais d’écrire ma nouvelle, j’ai voulu me taper un trip genre “écrivain qui livre son point final” au super mignon café de hipster en bas de chez moi. Oui, je soigne le décor où cas où je deviendrai célèbre et que Hollywood fasse un biopic sur ma jeunesse…  Luxe, calme et volupté dans un cadre idéal pour mon talent, n’est-ce paaaaaaas ?

Hé ben non. Non non. Pas de bol pour moi, il y avait ce jour-là une grosse tablée familiale dont une moitié d’enfants qui couinaient un max, et l’un particulièrement braillard m’a coupée net dans mon élan à grand renfort de ” MAIS PAPA IL FAUT QUE J’AILLE FAIRE CACA MAINTENAAAAAAANT!!!!”.

Voilà voilà. Je fus désappointée, je ne vous le cache pas. Pour l’inspiration et le calme nécessaire, on repassera…

Du coup certes, j’avais pris du temps pour moi-même, pour écrire en l’occurence, mais ça c’est fini en mode “Mon dieu giflez ce monstre j’ai besoin de calme là ÇA SE VOIT PAS QU’IL ME FAUT DU CALME, PETIT CON, J’ÉCRIS UN FUTUR CHEF D’ŒUVRE MOI MONSIEUR!!!!”.  Ce qui m’a donc fait penser à un livre que j’ai envie de vous recommander chaudement.

Ca s’appelle “Une chambre à soi“, de Virginia Woolf. C’est court et ça se lit facilement. Il est sur toutes les listes de lecture féministe, à raison, et pour moi ça va plus loin que ça, tout le monde devrait le lire je crois.

C’est une conférence, où Virginia Woolf se penche sur toutes les raisons qui ont longtemps empêché les femmes de briller en littérature.

Sa grande théorie, qui a donné son titre à l’ouvrage, c’est qu’une femme qui veut écrire doit disposer « de quelque argent et d’une chambre à soi ». En gros il te faut des sous, du calme, et surtout qu’on te laisse bosser.

Un des trucs qui m’a marquée, c’est qu’elle invente une sœur jumelle à William Shakespeare, pour montrer qu’une femme de cette époque, même hyper douée, n’aurait jamais pu écrire une œuvre à succès : toute le fonctionnement de la société l’en aurait empêchée.

On part du principe qu’elle a les mêmes connaissances et le même talent pour écrire que William. Déjà pas gagné, elle a probablement passé le balai pendant que son frangin file à ses leçons. Quand le Willou, lui, largue sa vie à la campagne et monte à Londres pour faire son chemin dans le monde littéraire, c’est une aventure audacieuse qui le fera devenir l’auteur à succès qu’on connaît tous.

Sa jumelle (mettons Georgette) n’aurait eu AUCUNE chance. Une fille toute seule, sans mari ou père, débarquant sans argent et sans protection à Londres ? Qu’on la laisse écrire une pièce de théâtre ? Haha, nan mais sans blague… Georgette, elle est seule et pauvre, donc pas respectable,  d’office on lui crache dessus. Ha ouais, comme ça. Les seuls éditeurs qu’elle essaie d’approcher veulent juste lui passer dessus. De toute façon, au théâtre, les rôles de femmes sont joués par des hommes, parce que c’est un métier sérieux, Madame ! (véridique, les rôles de femmes sont tenus par de jeunes hommes travestis).

Nan mais elle a cru quoi, la morue ? Le seul boulot qu’on lui aurait filé, à Georgette, c’est prostituée avec des tas de maladies vénériennes. Du coup pour écrire une œuvre immortelle, hein, on repassera, tu dois avoir du mal à trouver l’inspiration pour poétiser Roméo et Juliette quand tu es couverte de chancres bien crados et de gros lards libidineux. Georgette finit à l’hospice puis à la fosse commune en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Pauvre Georgette, moi ça m’a fait de la peine. C’est moche mais réaliste : de base, elle n’avait aucune chance, quel que soit son talent.

Bref, il y a plein d’anecdotes intéressantes, c’est ironique et mordant, et ça se lit tout seul.

Virginia Woolf a écrit en particulier sur les femmes qui veulent devenir romancières, mais les théories qu’elle développe sur l’importance de s’accorder de l’attention et du temps à soi-même, ça peut marcher pour tout le monde : on devrait tous se prendre de temps en temps un rendez-vous de rien dans “Une chambre à soi”.

 

 

 

PS: j’en profite pour vous parler de Place des Libraires, mon site préféré pour commander des livres. Au lieu d’enrichir monsieur Amazon, tu vas sur place des libraires, tu peux voir et réserver le livre que tu veux dans une librairie autour de toi, et s’il n’y est pas tu peux commander. Les libraires sont nos amis, il faut les aimer aussi. 

 

3 Replies to “Après l’éloge du rien, on prend “Une chambre à soi””

  1. Ouais pour tout. Cependant, tout de même, un homme ouvrier, ou devant bosser à fond pour vivre a autant de mal. Tous les compositeurs connus actuels de musique savante sont des bourgeois, talentueux certes, mais argentés. (Appartement de 300m2 à Montmartre, chateau familial pour un autre, atelier de 100m2 dans le 16ème pour un autre autre…)

    L Art est bourgeois depuis qu’il n’est plus la marque de la noblesse.

    Quand on a une famille, si on est un peu concerné, ça devient un parcours du combattant. Un zombie inventif errant parmi les vivants agacés à juste titre.

  2. Minute Simone says: Reply

    Une personne devant bosser à fond pour survivre, homme ou femme, aura du mal à créer une œuvre, certainement. C’est bien pour ça que je disais que ce livre dépasse le cadre féministe et que le postulat “besoin d’argent/besoin de temps pour écrire” peut s’appliquer à tous.
    Il se trouve juste que historiquement, les femmes ont été plus désavantagées car elles ont toujours été plus précaires financièrement. Même chez les “riches”, on leur collait systématiquement la charge du foyer et du fonctionnement de la maison, ce qui ne laisse pas beaucoup de temps pour la création artistique.

  3. On est d’accord!:)

Tu veux klaxonner aussi ?