Polanski ou pas, c’est votre choix

Hello toutes et tous,

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On vient de passer une semaine chargée niveau débat sur les violences sexuelles, la pédocriminalité, la liberté de séparer un homme de son art et autres questions, suite à la sortie du film « J’accuse » de Roman Polanski et la polémique autour.

Mon avis, assez tranché sur la question, je l’ai déjà donné sur Twitter et ça a déclenché des tornades de réponses, débats, de pour et de contre, voire d’insultes et de hurlements. Pour rappel, vous pouvez aller dérouler tout le fil de conversation :

Ce qui m’a frappée, ce sont les gens qui ont mis une énergie folle à soutenir et défendre mordicus Roman Polanski, voire m’ont envoyé des messages d’insultes, comme si j’avais traîné dans la boue leur meilleur ami ou leur père. Tous les clichés utilisés par les agresseurs sexuels pour se défendre y sont passés : on n’y était pas, et la présomption d’innocence, c’était une autre époque, vous n’avez pas à vous substituer à la justice, elle l’avait cherché, il était très séduisant, elle n’était pas si innocente, le pauvre est martyrisé, halte à la vindicte populaire, honte au lynchage médiatique, etc.

On va rappeler quelques faits :

  1. Roman Polanski a été condamné par la justice américaine en 77 pour « rapports sexuels illégaux avec une mineure », après avoir négocié l’abandon de 5 autres charges encore plus graves. Il a fait 42 jours de prison, est sorti pour bonne conduite, puis a fui illico la justice américaine où un procureur estimait que droguer, alcooliser et sodomiser une mineure de 13 ans méritait un peine un peu plus lourde. Roman Polanski est toujours sous mandat d’arrêt international, et ne peut plus circuler qu’en France, Suisse et Pologne qui ont toujours refusé de l’extrader. Pourquoi ? Parce qu’il a du talent pardi !
  2. Au total 12 femmes ont affirmé avoir été violées par cet homme, la plupart étaient mineures au moment des faits. Les fausses allégations de viol, contrairement à ce qu’on raconte, sont extrêmement rares, et ces femmes n’ont rien à y gagner puisque les faits sont prescrits. Valentine Monnier, la dernière en date, a parlé parce qu’elle était outrée qu’on compare Roman Polanski à Dreyfus, victime de la vindicte populaire et de l’injustice. Dreyfus, lui, était totalement innocent. Pour Roman Polanski, je me permets, figurez-vous, farceuse que je suis, de concevoir quelques soupçons sur son innocence de blanche colombe.
  3. Concernant le lynchage médiatique et la ruine de sa vie, alors oui c’est sûr, il ne va pas aller se pavaner sur le tapis rouge dans la seconde, et les acteurs se sentent très mal pour la promo. Ça n’a pas empêché le film de faire troisième meilleur démarrage français de cette année à Paris, je vous rassure. Soyez en paix, le réalisateur va être obligé de faire profil bas quelques temps, puis on passera à autre chose, il fera d’autres films et n’ira jamais en prison. Ouf. C’est vrai que quelques semaines d’inconfort médiatique, versus avoir introduit son pénis dans l’anus de personnes non consentantes parfois mineures, on se demande bien qui en aura pâti le plus au final. Et on peut en conclure qu’au final les violences sexuelles, malgré une indignation publique de façade, tout le monde s’en tape.

Apparemment il y a beaucoup de gens à qui tout ça n’a pas plu du tout que j’expose ces faits et mon opinion sur le sujet.

On m’a traitée d’ayatollah de la pensée, accusée de vouloir réduire la culture uniquement à une liste d’auteurs que j’autoriserais, de rétablir la censure, affirmé qu’on irait au cinéma voir le film (2 fois) pour emmerder les féministes, reproché de ruiner la vie du réalisateur et de tous les acteurs (vous noterez que c’est assez fou quand même ces pouvoirs qu’on m’accorde à moi toute seule depuis mon petit ordi).

Alors, en fait, après mûre réflexion, ce que j’ai envie de vous dire un truc absolument incroyable en réponse :

Vous faites bien ce que vous voulez.

Pour ma part, j’ai choisi de ne pas aller voir le film de Roman Polanski au cinéma, parce qu’il jouit depuis des décennies d’une impunité qui me scandalise, comme beaucoup d’autres hommes célèbres qui utilisent leur notoriété pour ne pas avoir à répondre de leurs actes.

Vous avez parfaitement le droit d’aller voir le film, il n’y a aucune loi contre ça. Je ne vais pas faire barrage de mon corps devant chaque cinéma de France et de Navarre pour vous en empêcher. Ni vous contraindre à expurger votre bibliothèque. Ni vous priver de quoi que ce soit, en fait.

Moi, je vais me priver probablement de très bonnes œuvres. C’est mon choix. Parce que je pense, comme l’a très bien écrit Roxane Gay dans un article qui m’a fortement parlé (« Can I Enjoy the Art but Denounce the Artist?« ) qu’aucun divertissement de 2h, si formidable soit-il, ne vaut le prix payé par les victimes du grand génie créateur. C’est à nous de choisir, en tant que spectateurs, à qui nous voulons accorder notre soutien et notre approbation, de décider si nous détournons les yeux des sales révélations sur un créateur parce que nous aimons trop son œuvre.

C’est sûr, ça fait mal au cœur quand on apprend que l’auteur de sa série, livres, ou films adorés est un prédateur sexuel. En même temps, voyez le côté positif, si vous renoncez à lui apporter votre soutien et vos yeux, ce sera l’occasion de découvrir et d’encourager tout autre chose. Je cite Roxane Gay : « Il y a toutes sortes de gens créatifs, brillants, originaux, énigmatiques et capables de traiter les autres avec respect. Il n’y a pas pénurie de génie créatif, et c’est donc plutôt vers CE travail artistique que nous pouvons et devrions nous tourner. »

Personnellement, je vais me priver de Polanski sans trop de regret , parce que je suis sûre de trouver plein d’autres œuvres que j’apprécierai d’autant plus qu’elles auront été réalisées par des gens respectueux des êtres humains qui les entourent. Et vous, de votre côté, vous ferez bien ce que vous voulez.

Cordialement, bisous,

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Simone,
partie voir un autre film

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PS1 : j’espère que vous avez bien noté dans votre agenda de venir avec moi à la grande marche du 23 novembre contre les violences sexuelles et sexistes, et pris votre billet gratuit pour la soirée du 28 novembre que j’organise sur la sororité au travail.

PS2 : petit rappel que si vous souhaitez soutenir mon travail, vous pouvez verser de la menue monnaie sur ma page Tipeee et m’aider ainsi à changer le monde.

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