Vendredi c’est permis n°13 : écoutez les Présent.e.s

Conférence Présent.e.s

Saluts mes p’tits lus,

On est vendredi, c’est permis, je vous donne du grain à moudre pour vous éveiller et vous questionner. Faites pas semblant de bosser on sait que plein de monde a posé la semaine prochaine pour faire le pont de l’ascension…

Hier soir, j’ai assisté la dernière conférence du cycle “Présent.e.s”. Tout au long de l’année, Lauren Bastide a reçu au Carreau du Temple des personnalités pour une discussion sur scène, autour de la question suivante : la place des femmes dans l’espace public. Que ce soit sur le web, dans la rue, dans la ville, au travail, dans la presse, qu’il s’agisse de femmes handicapées, de femmes noires, de femmes lesbiennes, de femmes voilées… Bref ça a couvert beaucoup d’espace et donné la parole à de nombreuses femmes.

Tout a été enregistré, et vous pouvez retrouver les conférences en podcast sur SoundCloud, je vous encourage vraiment mais VRAIMENT à les écouter, toutes.

C’était riche. C’était puissant. J’ai appris tellement de choses, vous n’avez pas idée. Lauren a poursuivi sur scène ce qu’elle fait déjà dans La Poudre : donner la parole aux femmes, leur offrir un espace où elles peuvent s’exprimer sans être interrompues ou dénigrées. Ça devrait être la base, mais c’est rare et précieux.

J’ai eu l’immense chance d’assister à presque toutes les sessions, et à chaque fois je me suis fait une fête d’y aller, j’en suis ressortie toute chamboulée et retournée, pleine de nouvelles idées, de questions, de références à aller creuser.

On a beaucoup ri. Vraiment. C’est quelque chose que j’apprécie énormément parce que le militantisme est parfois plombant pour le moral quand tu entends tout ce qui débloque. Il fallait voir Caroline De Haas expliquer le harcèlement en faisant semblant de draguer la jeune fille du deuxième rang, dans un sketch édifiant qui s’est fini sous une tornade de rires et d’applaudissement. Anaïs Bourdet raconter qu’elle s’est allégrement curée le nez en réponse à des types qui l’interpellaient dans la rue, lesquels sont devenus verts et ne savaient plus où se mettre. Marie Dasylva, cette queen, qui a fait hurler de rire toute la salle, notamment parce qu’il y avait tellement de gens dans les premiers rangs qui hochaient la tête à tout ce qu’elle disait qu’elle a fini par s’écrier “Hé mais on n’est pas à l’église ici hein arrêtez ça !”.

Il y a eu aussi beaucoup d’émotions. Le 8 Mars, au début de sa prise de parole Hanane Karimi a lu un par un tous les prénoms et les âges des 30 femmes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le début de l’année. Tous. les. prénoms. Et. Les âges. Un. Par. Un. Pour leur rendre leur identité. Pour qu’elles ne soient plus des anonymes. Je vous jure qu’on aurait littéralement pu entendre une mouche voler, je n’ai jamais été dans une salle de 300 personnes aussi silencieuse. Je ne sais pas si vous pouvez imaginer ce qu’on a pu ressentir ce jour-là. Rien que d’y repenser j’ai les poils de bras qui se hérissent.

Il y a eu des moments d’indignation, de colère quant tu entends les témoignages, que tu vois les chiffres. De honte aussi, quand tu repenses à des situations ou des comportements que tu as laissés passer sans rien dire, parce que tu ne savais pas, ou que tu n’as pas osé. Des moments qui te mettent mal parce que tu réalises que tu vis dans une société qui discrimine beaucoup de gens, et que tu fais clairement partie du problème, même avec les meilleures intentions du monde.

Et comme l’a dit Marie Dasylva, en fait on s’en tape complétement de tes intentions : ce qui compte c’est ce que tu as fait pour qu’une personne en face de toi se sente blessée et humiliée. On s’en fout que tu aies eu des bonnes intentions. La question c’est : si on te le dit, tu fais quoi maintenant ? Tu réagis comment ? Tu protestes avec indignation parce que, non, toi tu avais de bonnes intentions, ou tu encaisses, tu réfléchis, et tu changes ton comportement ?

Je crois que c’est ce que j’ai vraiment le plus apprécié. Entendre d’autres voix. Me rendre compte que je merdais, parfois, souvent. Me dire que grâce à toutes ces femmes que j’ai entendues, j’ai des chances de devenir un meilleur être humain.

L’autre soir, mon amie Émilie m’a fait un des plus beaux compliments que je pouvais entendre : elle m’a dit que j’étais une des rares personnes au monde qu’elle connaissait qui n’avait aucune certitude absolue, et qui était toujours capable de se poser des questions sans camper sur ses positions.

J’ai trouvé ça très beau, d’être cette personne à ses yeux, et pour d’autres aussi peut-être. Ça me rend même un peu fière maintenant que j’y repense. Vous vous doutez que ça n’est pas venu par miracle. C’est arrivé petit à petit parce que j’ai écouté d’autres voix très différentes de moi, et je sais maintenant qu’il n’y a pas de vérités absolues, que tout n’est pas noir/blanc, jamais, sur aucun sujet, qu’il faut savoir sortir de sa coquille sans penser que tout le monde a la même.

J’ai envie d’adresser un immense merci à Lauren Bastide et à toutes les femmes qu’elle a reçues : Elisa Rojas, Rokhaya Diallo, Alice Coffin, Caroline de Haas, Chris Blache et Pascale Lapalud, Hanane Karimi, Anaïs Bourdet, et Marie Dasylva. Elles ont été et resteront une source de force et d’inspiration incroyable.

Je ne saurais trop vous conseiller d’écouter les conférences Présent.e.s si vous n’y avez pas assisté. Elles sont une chance inouïe de s’ouvrir les yeux et l’esprit, et de changer votre vision du monde pour le rendre un peu meilleur.

Cordialement, bisous,

Votre Simone,
écouteurs aux oreilles

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PS : en allant au Carreau du Temple, on a découvert qu’il y avait une des meilleures pizzerias de Paris pas loin, La Massara. A toutes les copines et copains du groupe WhatsApp “Féminisme et pizza” qui m’ont accompagnée, merci pour votre présence et votre enthousiasme. <3

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