De la bouillasse dégueu de papillon violet

Mes petites chouquettes éreintées,

Clairement, on ne va pas se leurrer, on a pris cher. Très cher. Je vous avais déjà raconté en Janvier que je pataugeais dans la semoule. Sur ce, paf, problème de santé, sur ce, paf, lumbago, sur ce, paf, carrément pandémie mondiale, mais what the fuck ?

Déjà, j’ai commencé par chopper le fameux coronavirus et j’en ai bavé. Physiquement, je ne pouvais plus téléphoner et marcher à la fois, j’ai dû m’assoir sur un banc pour respirer. Pas terrible. Moralement surtout, l’enfer. J’ai passé des nuits entières à surveiller ma respiration en me demandant si je haletais de panique ou si j’étais en détresse respiratoire, et si je n’allais pas terminer branchée à un respirateur puis claquer toute seule à l’hosto sans jamais revoir mes proches. Oui, au moins tout ça. Hé bien j’aime autant vous dire que je l’ai TRÈS mal vécu. Il m’a fallu un bon mois pour me remettre de mes émotions et de mon épuisement, et ensuite il a fallu gérer la santé mentale de tout le monde, la mienne et celles des proches, et c’était vraiment pas de la tarte.

Donc oui, j’ai très mal traversé ce confinement, alors même que j’étais dans de bonnes conditions matérielles. Je n’ose même pas imaginer pour les personnes qui ont dû gérer l’école des enfants à la maison, le télétravail en même temps que les petits qui ne savent pas s’occuper seuls, la galère pour les courses et l’intendance, les soucis financiers, voire encore pire l’obligation d’aller travailler en mettant en danger sa santé.

Je voyais passer les témoignages des personnels soignants à bout, ceux des caissières mises au charbon sans protection, les violences conjugales qui ont explosé, les enfants battus enfermés avec leurs bourreaux, la détresse des personnes pour qui les délais d’IVG étaient impossibles à respecter, etc, etc.

Et moi, derrière mon petit ordi, je n’ai même pas réussi à écrire un article ou à poster autre chose que des photos du chat. Je n’ai rien fait du tout. Je n’ai pas lu un seul bouquin politique ou militant, alors que j’ai dans ma table de nuit une pile d’essais féministes. Si vous voulez tout savoir, j’ai surtout relu tous les Astérix et Obélix chez mes parents, et après Gaston Lagaffe. Mon cerveau a buggé, dans une espèce de stupeur totale. Je me suis rarement senti aussi impuissante, et sans énergie aucune pour surmonter cette paralysie. Je m’en suis voulu, et je m’en veux encore, d’ailleurs, de n’avoir rien fait.

Et puis j’ai repensé à ce que m’a dit un jour ma copine Mathilde Fachan. Avec sa grande générosité, elle m’a proposé quand j’avais un énorme coup de mou de m’offrir mon portrait astral (Instant pub pour les copines : Mathilde Fachan tient le Politicafé où elle a accueilli plusieurs de mes soirées féministes, et elle est aussi une astrologue avertie qui produit le podcast Z comme Zodiaque et va bientôt publier un livre). Je ne suis pas très branchée astro, mais j’étais très curieuse et touchée de son geste, alors j’ai dit oui.

Ce jour-là, Mathilde m’a parlé de mes formidables capacités à m’adapter et me réinventer une nouvelle vie, ce que j’ai fait déjà plusieurs fois et que je recommencerai sûrement. Et elle m’a dit aussi que ces grands changements ne se faisaient pas en douceur. Un peu comme une chenille qui veut se transformer en papillon : elle s’enferme dans son cocon, et à l’intérieur elle se dissout en une espèce de bouillie organique assez cracra, avant de se reformer en un beau papillon qui va s’envoler vers de nouvelles aventures. Le processus est laborieux, dégueu, et il prend du temps.

Vous voyez où je veux en venir ? Je me raccroche beaucoup à ça, ces derniers temps. C’est difficile, voire très difficile pour certaines et certains, mais ça ne durera pas éternellement. Mea culpa, ça fait un peu bonne fortune prédite dans un biscuit chinois… mais j’ai vraiment l’impression qu’on est toutes et tous dans la bouillasse dégueu de papillon. Et que, j’espère, on va bien en sortir à un moment ou un autre, par petites étapes.

L’autre jour, j’ai attaqué « La révolution féministe » d’Aurore Koechlin et, miracle, j’ai réussi à lire 20 pages sans qu’il me tombe des mains. C’est un bijou de clarté et de pédagogie, voyez-vous. J’ai été à la libraire (lol la meuf qui a lu que les BD de son enfance va se racheter des livres neufs, la blague). J’ai pris un café à emporter. Je suis en train d’écrire un article. Ce sont de tout petits pas mais ils ont le mérite d’être là.

Bientôt, j’ai l’espoir fou qu’on va pouvoir se retrouver. En petit comité d’abord, puis en plus grand nombre, puis qu’on ira à nouveau marcher toutes et tous ensemble en manif pour défendre les droits de femmes, lutter contres les violences sexuelles et sexistes, interpeller le gouvernement sur les féminicides et plein d’autres sujets encore qui méritent qu’on se batte pour eux.

On va avoir du pain sur la planche, parce que clairement cette crise aura encore aggravé beaucoup d’inégalités qui n’étaient déjà pas acceptables. Parce que je ne veux pas que la percée féministe qui était en route disparaisse dans les méandres du Covid-19.

On va sortir de la bouillasse dégueu en formidables papillons prêts au combat, avec des petites mitrailleuses sous nos grandes ailes couleur violette, et on va continuer à atomiser le patriarcat. Entre autre. Même si ça va être plus ou moins long pour sortir de la chrysalide, on volera à nouveau.

D’ici là, prenez soin de vous, et prenez le temps nécessaire pour vous remettre.

Cordialement, bisou (mais de loin et avec un masque),

.

Votre Simone,
qui flipote d’impatience du cocon

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